Bonendalè

Parce que dans la langue des survivants, c’est ce que Douala voulait dire. Une ville-monde où la nature avait horreur du vide, où le futur se conjuguait au présent, où sueur et front ne faisaient plus qu'un. Même sous une pluie battante, même sous un soleil d’apocalypse. Au rituel « C’est comment ? » répondait comme une sentence « On est là, on se bat ». Tout était dit pour caresser des lendemains où, dans l’incertitude du présent, il fallait être là. Et se battre. Comme pour tous ceux du Grand Nord qui l'avaient précédé, la capitale économique serait ce rite initiatique, le passage, le seul. Douloureux mais nécessaire.
Il était descendu hésitant mais soulagé du bus Garantie Express après un trajet chaotique du Nord au Sud qui l’interrogea sur la vraie nature de ce que la compagnie s'était engagée à lui garantir aussi expressément. Des sueurs froides pensa-t-il amusé ! L’impact se produisit dans le quartier de la gare, ville dans la ville coincée entre la rue des trois voleurs et le rond-point « J’ai raté ma vie » rendu célèbre par les inoxydables filles de joie qui l’arpentaient dès la nuit tombée.  Il sautilla par réflexe, les premiers étirements sur le macadam dissipèrent les engourdissements et les doutes. L’auto-persuasion fit le reste pour mieux chasser la peur. Le centre-ville lui apparut comme un gigantesque corps sans tête grouillant des bruits assourdissants qui prenaient d’assaut ses oreilles. Les mouvements perpétuels d’innombrables piétons peuplaient déjà son imagination comme les trottoirs en pointillés des vastes boulevards irriguant la zone. S'élevait une poussière jaunâtre – les derniers feux de l’Harmattan -, qui se mêlait aux volutes huileuses, vapeurs d’essence bon marché enveloppant ces millions de fourmis entravées sur le chemin du devoir, imprégnées du fuel de la cité, les orbites ensablés, la vue basse. Il fut hypnotisé par le spectacle de ces funambules traversant machinalement, sans lever la tête, au moment exact où un véhicule déboulait à tombeau ouvert sur cet axe que l’usage local désignait comme lourd. Lourd du danger dont il regorgeait. A chaque instant le manifeste ultime du résistant, la chanson du David inconscient et prétendument invincible face à une armée d’effrayants assemblages de tôles létales. Ces petits êtres en apparence fragiles déroulaient fièrement leur mécanique inconsciente du défi, pour mieux jauger l’adversaire, futur amas de métal froissé, pour mieux l’esquiver surtout, d’un coup de rein magique, imprévisible, au tout dernier moment sous des coups de klaxons rageurs. Il pensa que le miracle devait être ici une marque de fabrique comme ailleurs le savoir vivre.
Sur le bout de papier confié par son énigmatique cousin, un Peul d’une cinquantaine d’année qui lui semblait tirer sa richesse d’expédients troubles entre Garoua et Douala, le  point de chute était clair : l’abattoir de Bonendalè. Tout un programme. On lui avait expliqué le manège. Rallier Bonabéri via le rond-point Deido. Il y aurait un choix crucial en jeu à l’invite du chauffeur de taxi « Ancienne route ? », puis le dépôt à l’entrée du sous-quartier sur l’axe principal, un lieu nommé « Fin Goudron ». Le périple s’achèverait à l’arrière d’une mototaxi sur les 2 kilomètres de piste qui menaient à l’abattoir. Une route sablonneuse et informe, parsemée de flaques qui confinaient rapidement au cours d’eau boueuse, surtout en ce début de saison des pluies. Et plus il s’en approcha, plus il fut saisi de hauts le coeur par une odeur nauséeuse qui fit défiler devant ses yeux les pires atrocités. Et plus l’odeur putride s’épanouit, plus il sut qu’il y serait bientôt. Puis, inéluctablement, ils arrivèrent. Les images de cette première journée ne le quitteraient plus. Les 3 vieux manguiers, immenses, retors, qui encadraient le site. L’enclos et l’abatteur posté en son centre, la bête qui lui faisait face, mais la gueule en bas, suspendue par une patte et s’étouffant déjà dans ses miasmes. La gorge tranchée net, le sang grumeleux qui, salement, jaillissait. Par bouillons. En saccades, étendant son règne selon une loi mystérieuse. Quelques spectateurs incrédules, applaudissaient, des habitués, les heureux propriétaires des bêtes travaillées au corps et dont la joie comme la retenue indiquaient qu’ils n’avaient jamais été aussi proches de recueillir les fruits sonnants et trébuchants de tant d’années de labeur, toute une éducation gagnée dans le sang versé de quelques minutes. Mais il fut surtout frappé par l’esprit de dominos d’une chaîne de vie aux rouages complexes. Les premiers abatteurs, souvent des imams respectueux du rituel, n’égorgeaient que partiellement l’animal qui se vidait en hurlant avant d’être solidement harnaché sur un vérin puis conduit vers l’équipe suivante dont le rôle consistait à couper soigneusement mais sèchement la tête. Une troisième équipe se chargeait d’isoler, la queue, les pattes de l’animal, et surtout ce qu’on avait coutume ici d’appeler le cinquième quartier, si lucratif : la peau et les abats.
Il débuta le lendemain et, pour chasser les doutes, repensa à l’une des seules paroles de sagesse qu’il avait retenu de son père polygame, véritable figure sans visage. « Chaque fois que tu es dans la difficulté mon fils, il faut chercher à passer la tête et tu verras, le corps finira par sortir ». Il fut hébergé non loin de là, dans un immeuble en construction – il en allait des immeubles comme de la mauvaise herbe à Douala -, propriété de son protecteur et lointain cousin. Evidemment c’était pour un temps l’avait-il rassuré, celui de s’installer, de trouver mieux, un petit endroit, pas vraiment douillet mais il s’y sentirait chez lui. 30 petits mètres carrés au rez-de-chaussée, seul habitant de lieux encore indigents, qui lui faisaient parfois l’effet d’être prisonnier et vigile, pensionnaire et gardien de nuit, surtout lorsque les travaux avaient repris, nuit et jour, peu de temps après son installation - c’était de bonne guerre pensa-t-il, son cousin voulait quelqu’un de confiance sur place, quoi de plus naturel ? C'était une sorte d’étrange lieu, d’étape entre deux mondes où dès la nuit tombée, le sommeil lui semblait devenir cette denrée trop rare, lui donnant l’impression de chercher les conditions rêvées sur un champs de mines dont chaque nouvelle déflagration résonnait des échos de coups de marteau, des tours de chignole à soupirs, de furieux éclats de rire, de rumba congolaise s’échappant d’un poste de radio de marque chinoise. Un bâtiment en devenir, qui ne pouvait guère prétendre au titre de lieu hanté mais qui en avait indéniablement les prédispositions, les atours innés d’un purgatoire de circonstances, surtout lorsqu’un orage éclatait. Les failles sentimentales réveillées d’une bâtisse qui transpirait ses larmes moisies vers l’intérieur, crachant, déversant la bile de son histoire naissante, ou la sifflant à travers ses innombrables fissures ainsi révélées. Chaque nouvelle nuit prenant un malin plaisir à singer la précédente. Les semaines puis les mois passèrent et il comprit rapidement que la charge invraisemblable de travail (l’abattoir était la mamelle nourricière d’une très grande partie de Douala et de sa périphérie, quelques millions de ventres), la fatigue et son petit salaire ne lui donneraient guère d’énergie, ni de temps, ni même de moyens financiers pour espérer voir plus grand. Il lui faudrait s’armer de patience. C’est ce qu’il essaya d'expliquer à sa femme lors d’une trop rare conversation téléphonique ponctuée d’un indémodable « Assia » (patience), comme on disait par ici pour qui voulait réclamer du temps au temps. Car dans le petit milieu de la chair à canon, il avait indéniablement marqué les esprits. On l’appelait désormais Grand Saigneur. D’un coup sec et précis, il achevait comme personne toute vache offerte, à la renverse, sur le convoyeur, Attention, occire n’était pas une vocation à proprement parler, plutôt un don du ciel. Mais lui se savait n’être au fond rien d’autre qu’un Saigneur habile parmi tant d’autres à Bonendalè. Salaire 300 Francs CFA la bête. A ce rythme, il serait millionnaire dans quelques vies.
Climat propice, parfois plus de 300 jours de pluie par an, tout poussait à Douala, puis tout pourrissait aussi sec. La nature ne donnait que pour mieux reprendre. C’est ainsi que l’horreur du vide fit sonner le glas de l’absence et que vint le temps des doutes puis de la douleur. Ses maigres salaires s’évaporaient cruellement, remplissaient généreusement les poches déformées de son cousin (l’immeuble progressait, le deuxième étage était en route mais les travaux et leurs fracas ne lui semblaient plus connaitre aucun répit) et laissaient si peu pour sa femme et ses enfants. Il se forçait, les imaginant tranquilles, à l'attendre bien gentiment, piaillant comme de gais oisillons du printemps dans un nid douillet, une grande et belle maison rutilante perchée sur la plus haute colline de Garoua. Mais cette seule pensée lui rappelait aussi douloureusement depuis combien de temps il ne les avait plus serré dans ses bras.
C’est par une matinée pluvieuse qu’il obtint de la bouche pincée de son frère le plus proche l’aveu d’une relation extraconjugale que venait de nouer sa femme avec un notable de la province de l’Adamaoua. Bien sûr, il relativisa, il essaya. C’est qu’il allait se refaire, redoubler d’efforts, il serait bientôt à Garoua, avant la fin de la saison des pluies, Et il y avait leurs 4 enfants. Il avait confiance en elle. Son retour était une question de semaines maintenant. Tout rentrerait dans l’ordre en septembre, Il prierait deux fois plus. Pour eux. Et puis « C’est Dieu qui donnait » au Cameroun, y compris la force. Il devait trouver la force, mais ses « Inch’allah » déclamés à tout bout de champ, comme autant de tics de langage, indiquèrent, signe des temps, qu’il ne maîtrisait plus rien. Et tout au fond, dans ses tréfonds caverneux, il le sut. Et ça le fissura un peu plus de l‘intérieur.
Dans ses pires cauchemars, ce jour était probablement arrivé, ce jour où c’en serait fini de la pleine productivité, où apparaîtraient les premiers signes du déclin. La solitude, la précarité, l’exclusion dans ce monde grouillant et impitoyable achèveraient leur inlassable travail de sape. L’Etat providence était un mythe inventé par l’Occident mais ici gare à la chute, point de salut, il ne le pressentait que trop. Le délestage appliqué aux âmes. L’éclatement d’une bulle au bord d’un gouffre que lui appréhendait chaque nuit, sans jamais pouvoir s’en rappeler au petit matin. Il était d’ailleurs persuadé de ne plus jamais rêver. Depuis si longtemps. 
Et ce qu’il redoutait arriva. Un pic de chaleur, la rage héritée d’une dent mal soignée, le manque de sommeil qui en résultait firent lentement leur œuvre. Il était devenu ce chef de famille sans famille, avec des économies qui ne s’amassaient plus que dans ses rêves éveillés. Les travaux se poursuivaient chaque nouvelle lune au-dessus de sa tête (plus l’immeuble grandissait, plus il en ressentait étrangement le poids, plus il se sentait rétrécir)  sans parler de la douleur diffuse, indélogeable, qui s’était enracinée dans l’épaule continuellement mise à l’épreuve du combattant. Ancien combattant, déjà. Et son geste d’ordinaire ample, cristallin et gracieux, se fit moins sûr.
Il ne sut dire après coup quel fut le véritable déclencheur mais c’était aussi le risque avec les gens de son espèce, de ces races nerveuses dont la résistance à la douleur n’a d’égal que l’épaisseur du cuir. Un jour ou l’autre, le point de rupture pouvait être atteint faisant brutalement de l’homme de devoir qu’il avait été une bombe à fragmentation. Et ce matin-là, c’était devenu « trop fort sur lui » pour reprendre une expression locale qui disait les choses simplement. Des pensées terribles l’envahirent. Il lui faudrait précéder l’appel, quitter la scène le premier, partir en beauté, peut-être. Ce serait son choix. Un choix souverain. Il avait tellement, tellement peu décidé par lui-même. Une femme qu’on lui avait choisie, bien trop jeune, ses quatre enfants apparus comme par magie, son cousin qui l’avait mis là comme on place cyniquement son argent. Il n’y avait au fond que ces vaches devenues si familières qui ne lui avaient jamais rien demandé, ou si peu… Elles seules, désormais, méritaient sa considération. Il en prit donc acte. Naturellement.
Dans sa tête, les supplications animales se démultiplièrent soudain par vagues incessantes, incontrôlables. Comme amplifiées, elles provenaient de la salle contigüe où les vaches mal charcutées se voyaient administrer un sédatif puissant avant d’être placées sur le porte-barbaque et ses fausses promesses d’avenir. Machinalement, il mit fin à sa tâche et, la boîte crânienne farcie d’autant de seuils d’alerte consommés, traversa derechef et derechef et re-derechef le hangar sous le regard médusé du superviseur qui l’interpella sèchement.
- Hey ! Grand Saigneur. Qui t’a envoyé ? Tu vas même où ? Oh je te parle, est-ce que le travail se fait tout seul ? Oh !

Son silence en écho ne fit que renforcer l’inquiétude de l’aboyeur en chef. Sa place n’était plus ici. Il pénétra dans un enclos couvert où s’entrechoquaient les peurs innombrables et si semblables d’animaux apeurés. Il se fraya un chemin dans cette foule de chair compacte, puis, d’un geste d’une amplitude retrouvée brandit le hachoir qui s’abattit avec précision sur un énorme cadenas. Il ouvrit non sans difficulté la massive porte que ce dernier condamnait. Une lumière aveuglante pénétra dans l’enclos. C’était la rase campagne dehors, Un terrain vague, de sages mais jeunes papayers snobaient de courts et nerveux buissons de citronnelle ici et là. Plus loin, de hautes herbes survolaient les zones marécageuses avoisinantes. Mais aucune vache ne moufeta. Aux abonnées absentes. Il essaya bien de forcer le destin, par un ou deux coups de pieds rageurs et bien sentis au train, mais rien n’y fit. Déjà, cinq hommes enragés débarquèrent de la salle du convoyeur pour se jeter sur lui comme des morts de faim, tentant d’immobiliser le forcené. La mêlée prit ainsi forme, équilibrée, indistincte puis s’écroula. Les six apprentis nageurs pataugeant à qui mieux-mieux dans une scène cocasse sous l’oeil circonspect de la plupart des occupantes du lieu, toujours passives, comme indifférentes à leur futur sort.
Puis ce qui devait arriver arriva. Le geste de trop. Grand Saigneur, de son hachoir, entailla profondément le cou d’un des assaillants. Le jeu était fini. Chacun s’arrêta, hébété, regardant l’homme dont la tête se détacha inexorablement de son socle. Naïvement, l’un d’eux essaya bien de la retenir avant qu’elle ne touche le sol, comme s’il avait été encore temps de réparer l’erreur, de laver l’honneur de la victime malheureuse sûrement rétive à l’idée que sa dernière vision puisse être une noyade dans la fange. Mais rien n’y changea, l’homme sans tête finit par s’écrouler, retrouvant cette dernière et laissant des litres et des litres de lui-même se déverser autour de lui pour se mêler à une boue sanguinolente au rythme des spasmes. Comme statufié, Grand Saigneur laissa tomber son hachoir.
Il se savait dans l’après, dans tout ce qui suivrait l’effondrement de son petit monde de rêves simples puis de souffrances indescriptibles comme des gouffres amers dansant sous ses pieds. Avec un sentiment étrange, lui sembla-t-il. L’intime compréhension de ce qui avait dû traverser l’esprit d’un dinosaure au moment des premières glaciations. Il était trop tard et plus rien ne comptait vraiment. Enfin si ! Ses quatre enfants pour lesquels il lui faudrait retrouver des forces, préserver ce qui respirait encore de dignité en lui, l’ombre portée d’une posture vaine et juste en dessous des miettes de souvenirs éparpillés, les morceaux brisés d’une image ad-mi-ra-ble. Son cinquième quartier en somme. Sauver ce qui pouvait encore l’être.
Mais il n’en eut pas le temps. Ou plutôt, on ne lui en laissa pas. Aux cris de haine, aux appels au meurtre qui s’épanouissaient dans la moiteur ambiante, il essaya vainement de leur rappeler qu’il n’était pas qu’un abatteur au sobriquet ridicule.
- Je suis Nassourou. Malaam Nassourou.
Il était Nassourou et c’est ce qu’il leur signifia. Mais ça arrivait de partout, de nulle part plus exactement, la foule, créature bien vivante, aux abois et qui criait famine ou vengeance, avait grossi, à vue d’œil, autour de ce qu’il était soudain devenu, un punching-ball de chair et de sang. Il eut dans la bouche le goût des semelles, de la poussière, de la rouille des barres qui servaient à condamner l’enclos. Sa rage de dents ? Un vieux souvenir. Il ne vit que d’un œil les pneus lisse de 4*4 venir l’enserrer amoureusement, puis de loin en loin, il se sentit pénétré de l’odeur d’essence et des cris extatiques autour du feu de joie qu’il offrait de sa personne en ce jour anonyme à Bonendalè. Malaam Nassourou en avait assez vu.
Sa toute dernière pensée fut pour l’expression enjouée de Nawelle, sa fille ainée de huit ans, lorsqu’elle avait eu ce bon mot, prémonitoire, qui prenait soudain tout son sens. C’était un soir, quelques jours avant le voyage. Ou était-ce vraiment la fraîcheur de sa main douce qu’il venait de ressentir contre sa joue, ses doigts retenant les larmes inondant son visage ? Il suffoquait en rouvrant les yeux. Jamais il n’avait béni comme à cet instant le climatiseur neuf et bien trop puissant pour la pièce exigüe qui leur tenait de salon. Ni ce plaid à franges trop fin duquel ses pieds glacés dépassaient, ni pour couronner le tout la voix enveloppante de sa « grande », de sa Nawelle venue se blottir contre lui dans ce vieux canapé qui épousait généreusement toute forme alanguie venue s’y repaître.
« C’est le cauchemar, Papa… Ca va aller…
 Sur l'écran, face à eux, un homme dans un accoutrement étrange, un complet rouge, pratiquait l’esquive avec un art consommé face à un lointain cousin des zébus de l’Adamawa mais en plus musculeux, sous les ovations d’un public ravi. Nassourou se montra bien incapable d'expliquer à Nawelle la philosophie et les rites entourant ce que le commentateur aux accents passionnés appelait une corrida. C’est qu’à Garoua comme partout ailleurs au Cameroun, on ne tuait pas les bêtes par plaisir. La magie opéra quand Nawelle s’appropria un mot savant, échappé du poste, y apportant sa touche personnelle, la petite consonne qui changeait tout : « Il a dit quoi ? Tauromachine  ?
Ce qui eut le don d’arracher un sourire à son père au moment où une brève coupure d’électricité les plongea dans l’obscurité laissant leur respiration se répondre harmonieusement, l’une encore saccadée, l’autre plus sereine, jusqu’à ce que le climatiseur, l’ampoule nue, puis l’écran reprennent les hostilités dans cet ordre.  Etrangement, l’image sur l’écran avait changé. L’atmosphère aussi.
Faisant corps avec la mangrove, une vache s’y détachait sur une tâche sombre qui tremblait, une forme massive et menaçante rendue floue par la chaleur, une masse rectangulaire, toute de briques rouges vêtue. L’abattoir, comme celui du cauchemar pensa-t-il de nouveau pris d’un sentiment d’inquiétude. Le plan se fit gros. L’animal se redressa, semblant vouloir projeter son regard loin du poste de télévision jusqu’à se planter dans celui de Nassourou, incapable de détourner le sien. La bête lui intimait l’ordre de comprendre quelque chose, mais quoi ? Elle était certes sortie d’affaires et lui de son cauchemar, mais pour combien de temps ?

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